+243 899 760 171

redaction@knbnews.cd

Suivez-nous :

Procès Rebo : Appels téléphoniques ou appels WhatsApp, la justice congolaise face au défi technologique

Au tribunal militaire de garnison de Ngaliema, s’est tenue une audience très attendue dans le cadre du procès de l’artiste Rebo Tshulo, de son vrai nom Deborah Tshimpaka. Au cœur des débats : la traçabilité des communications des accusés, censée permettre de déterminer qui aurait donné l’ordre aux militaires d’intervenir pour torturer le présumé voleur du sac de l’artiste.

Une image virale sur les réseaux sociaux, montrant un militaire fouettant copieusement un homme sous le regard de Rebo assise à proximité, a amplifié l’indignation publique et placé la justice devant un dilemme inédit : comment relier les faits aux preuves numériques dans un pays où les appels WhatsApp dominent largement sur les appels téléphoniques classiques.

■ Les limites techniques mises à nu.

  • Les représentants des opérateurs Orange, Vodacom et Airtel ont été entendus. Mais les rapports fournis n’ont apporté aucun éclairage concret :
  • Le numéro de Rebo n’a pas été révélé.
  • Les numéros des exécutants retracés n’ont pas permis d’établir de lien direct avec les ordres donnés.
  • Les correspondances des juges aux sociétés de télécom portaient uniquement sur les appels téléphoniques, alors que la majorité des Congolais utilisent désormais WhatsApp pour communiquer.

Cette différence de nature rend les experts et le tribunal incapables de retracer les appels WhatsApp, qui passent par Internet et échappent aux systèmes de surveillance classiques des opérateurs.

■ Un vide juridique et technologique.

La loi congolaise sur le numérique ne fournit pas encore aux juges les outils nécessaires pour poser les bonnes questions techniques aux opérateurs. Comme l’a rappelé un avocat présent, “effacer les traces d’un appel ou d’un message ne prend que quelques secondes”.

Maître Jean-Marie Kabengela, avocat de Rebo, a tenté de faire une corrélation avec le procès Chebeya, où les déplacements du Colonel Mukalayi avaient pu être retracés. Mais dans le cas présent, il ne s’agit pas de géolocalisation, mais bien de communications audio. Or, un représentant de Vodacom a précisé que l’opérateur ne peut livrer les audios des conversations des abonnés sans une demande spéciale des services compétents, dépassant les prérogatives du tribunal.

■ Moralité :
Ce procès illustre crûment les failles techniques de la justice congolaise face aux nouvelles technologies. Faute d’outils adaptés, aucune vérité complète ne pourra émerger de ces audiences.

Dans cette affaire, Rebo semble protégée, et derrière elle, c’est tout un système de parrainage qui échappe à la lumière judiciaire.

Jimmy MUKENDI T.

Vidéos