■ Un consensus sur le principe, une fracture sur le format.
Dans la République démocratique du Congo, l’idée d’un Dialogue national ne fait plus débat. Les mobilisations populaires (« Oui, je le veux »), les libérations de prisonniers de l’AFC‑M23, les retours de figures politiques jadis marginalisées, et les consultations menées par le président Félix Tshisekedi avec les Églises et des personnalités influentes traduisent une volonté partagée de pacification et de refondation.
Mais si le principe est acquis, le format reste disputé. Les réserves de la Cenco et ECC, les divergences au sein de l’opposition (Fayulu en Europe pour convaincre les radicaux, Kabund courtisé par Washington, Brazzaville en quête de légitimité) montrent que la vraie question est désormais : « comment dialoguer ? ».
■ Les points de friction.
- Pré‑dialogues contestés : initiatives parallèles brouillant la lisibilité et alimentant la méfiance.
- Libérations et retours : gestes d’apaisement salués mais perçus comme calculs politiques.
- Influences extérieures : chancelleries et médiateurs internationaux interrogent sur la souveraineté du processus.
- Rôle des Églises : centrales mais prudentes, craignant l’instrumentalisation.
■ Une voie possible pour l’inclusivité.
Pour dépasser ces blocages, une architecture inclusive pourrait reposer sur quatre piliers :
- Convocation présidentielle claire et solennelle, garantissant que le Dialogue est une initiative nationale et non une juxtaposition de pré‑dialogues concurrents.
- Comité de pilotage pluraliste intégrant opposition, majorité, société civile, diaspora et communautés locales.
- Médiation hybride : un médiateur international pour la crédibilité externe, adossé à une médiation interne portée par les Églises et les organisations citoyennes.
- Agenda thématique centré sur la paix, la cohésion et la refondation de l’État, avec des engagements précis et vérifiables (sécurité, gouvernance, élections, réformes institutionnelles)
■ Vers un Dialogue lisible et souverain.
Le Dialogue est une exigence historique pour la RDC. Mais il ne peut réussir que s’il est lisible, inclusif et souverain. La multiplication des pré‑dialogues et des formats concurrents risque de diluer la confiance. La voie de l’inclusivité passe par une convocation présidentielle forte, un comité pluraliste, une médiation équilibrée et un agenda clair.
Selon Jeune Afrique, Félix Tshisekedi a réuni le 8 août des représentants des Églises, Anthony Nkinzo, Patrick Muyaya et Fortunat Biselele, aux côtés d’une commission discrète associant Jean‑Charles Okoto, Adolphe Lumanu, abbé Théo, Wivine Moleka et Samy Badibanga. Un projet de dialogue baptisé « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État » est déjà sur la table.
Jimmy MUKENDI T.







