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ONATRA : le pari boursier de Martin Lukasa pour réinventer le financement des entreprises publiques

Et si l’ONATRA devenait la première grande entreprise publique congolaise à ouvrir son capital au marché financier national ? C’est le pari audacieux porté par son Directeur général, Martin Lukasa Cibangu Panu, qui propose de faire de l’Office national des transports le projet pilote de la future Bourse de Kinshasa. Une initiative qui pourrait transformer durablement la gouvernance et le financement des entreprises publiques en RDC.

■ Une stratégie adressée au Gouvernement.

Dans une correspondance à la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, le dirigeant expose une stratégie claire : substituer les financements de marché aux traditionnels concours du Trésor public afin d’accélérer la modernisation des infrastructures de transport. Cette proposition intervient alors que la RDC s’attèle à bâtir les fondations de son marché boursier.

Pour de nombreux économistes, l’émergence d’une place financière crédible passe par la présence d’entreprises solides capables d’attirer les investisseurs. Martin Lukasa estime que l’ONATRA possède désormais les atouts pour jouer ce rôle de locomotive.

■ Des actifs renforcés pour séduire les investisseurs.

Entre 2024 et 2026, l’ONATRA a investi près de 74,8 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 176 millions de dollars de créances certifiées sur l’État. Le patrimoine s’est enrichi de grues de manutention, pousseurs fluviaux, barges, locomotives et wagons, tandis que les infrastructures portuaires de Matadi ont bénéficié de travaux de modernisation.

Ces investissements traduisent une volonté de repositionner l’entreprise comme un acteur stratégique du transport multimodal en Afrique centrale.

■ Une ouverture du capital pensée comme levier de croissance.

La feuille de route prévoit trois étapes :

  • Audit et restructuration du capital.
  • Première levée de fonds de 25 millions de dollars pour renforcer le ferroviaire.
  • Introduction officielle en juin 2027 à la Bourse de Kinshasa, avec la mise sur le marché de 30 % des actions de l’État, visant environ 40 millions de dollars.

Au-delà du financement, cette ouverture répond à une logique de gouvernance : transparence, performance et redevabilité, autant de critères pour renforcer la confiance des investisseurs.

■ Une nouvelle vision du financement public.

Les ressources mobilisées serviraient à l’acquisition de locomotives, au renouvellement du matériel roulant, à la sécurisation de la ligne Matadi–Kinshasa et à l’électrification de la liaison Kinshasa–Est–Aéroport de N’Djili.

La cession partielle des actions de l’État générerait des recettes pour le Trésor, tandis que la conversion des créances en capital assainirait durablement le bilan de l’entreprise.

■ Un test grandeur nature pour la Bourse de Kinshasa.

La balle est désormais dans le camp du Gouvernement. Si l’aval est donné, l’ONATRA deviendrait le premier symbole d’une nouvelle ère du financement des entreprises publiques en RDC.

Le succès dépendra de la crédibilité du cadre réglementaire, de la qualité de la gouvernance, de la confiance des investisseurs et de la capacité de la Bourse de Kinshasa à offrir un marché liquide.

■ Une vision qui ouvre le débat.

En proposant d’introduire l’ONATRA en Bourse, Martin Lukasa lance un débat de fond sur la transformation des entreprises publiques congolaises. Si cette vision se concrétise, elle pourrait servir de modèle à d’autres sociétés du portefeuille de l’État et contribuer à l’émergence d’un véritable marché des capitaux en RDC.

Jimmy MUKENDI T.

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