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Matières rares : La RDC nourrit la planète mais reste en marge

La République Démocratique du Congo détient l’essentiel des matières stratégiques du 21e siècle. Cobalt : 70% des réserves mondiales. Coltan : 60 à 80% des réserves. Ajoutez le lithium de Manono, le germanium du Katanga, le graphite du Bas-Congo et les terres rares du Kivu. La Chine raffine, l’Europe planifie sa « transition verte », les USA classent ces métaux « critiques pour la sécurité nationale ». La RDC, elle, exporte le minerai brut. Le pays possède la richesse. La valeur ajoutée échappe.

Le coltan du Kivu devient le tantale qui équipe les puces des smartphones Apple et Samsung. Le cobalt du Katanga entre dans les batteries lithium-ion des téléphones Motorola et Techno, des voitures électriques BYD et Tesla. Le germanium congolais sert aux fibres optiques qui font transiter Internet. Chaque appareil électronique contient une trace de la RDC. Le minerai est vendu à l’état brut pour quelques centaines de dollars la tonne. Le produit fini revient à plusieurs milliers de dollars. L’écart de valeur profite aux pays transformateurs, pas au pays producteur.

Le sous-sol congolais ne se limite pas aux minerais. En mer, la RDC partage un gisement avec l’Angola. Le 2 octobre 2024, Kinshasa et Luanda ont signé l’accord sur le bloc 14/23 dans la Zone d’Intérêt Commun ZIC, entre Bas-Congo et Cabinda. Répartition : 30% pour la RDC, 30% pour l’Angola, 40% pour Chevron. Capacité : 9.000 barils par jour, 3,29 millions de barils par an. Recettes fiscales projetées : 5,56 milliards de dollars à partager. Vingt ans de négociations pour aboutir à un partage équitable, mais l’impact direct sur les infrastructures congolaises reste à démontrer.

La RDC a classé le coltan, le germanium et la colombo-tantalite « substances minérales stratégiques » par décret en 2018. Pourtant, aucune raffinerie d’or certifiée LBMA ni aucune usine de raffinage de tantale de niveau mondial n’existe sur le territoire. Le coltan brut est acheminé vers le Rwanda, la Chine ou la Belgique pour transformation. L’or artisanal quitte le pays pour Dubaï. Le pays exporte la matière première et importe le métal raffiné. La chaîne de valeur s’arrête à la frontière. Aucune formation d’ingénieurs congolais au raffinage n’accompagne ce modèle.

La RDC pourrait influencer le marché mondial du cobalt. Elle pourrait peser sur la production de tantale. Elle pourrait financer son budget avec son pétrole. Dans les faits, Kinshasa subit le délestage, les routes restent impraticables, les écoles manquent de bancs. La richesse est visible dans le sous-sol. Elle est invisible dans le quotidien des citoyens. Un pays assis sur un trésor mondial ne devrait pas connaître une telle pauvreté. L’équation ne tient pas.

Tant que la RDC se limite à l’exportation du minerai brut, elle restera fournisseur de matières premières pour les économies industrialisées. La Chine construit des usines avec le cobalt congolais. L’Europe impose des normes environnementales en utilisant le coltan congolais. Les USA sécurisent leurs stocks stratégiques grâce aux minerais congolais. La seule issue est l’obligation de transformation locale. Raffineries, usines de batteries, formation technique, marques « Made in Congo ». Sans cette rupture, la RDC restera dans 50 ans le pays qui avait tout, sauf l’industrie pour en profiter.

Samuel Dzama

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